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L'Enfant héros original dans le roman du XIXe siècle

La CASDEN vous propose autour de la thématique de L'Enfant héros original dans le roman du XIXe siècle une sélection d’ouvrages de la littérature française téléchargeables gratuitement, assortis de leur fiche de lecture.

Ce dossier s’intéresse à l’enfant-héros dans la littérature et, plus particulièrement, dans le roman du XIX°. En effet, la littérature de ce siècle s’est fortement intéressée à l’enfant, en en faisant un personnage à part entière, puis un héros.  

1.1 L’évolution de la place de l’enfant dans la société

Pour bien comprendre la place qu’occupe l’enfant (Voir Clin d’œil N°1) dans la société du XIX°, il est indispensable de comprendre comment celle-ci a évolué au fil du temps.

1.1.1. L’enfant avant le XIX°

Dans la Préhistoire, la famille n’était pas celle que l’on connaît de nos jours (famille nucléaire avec père, mère et enfants), mais une très famille élargie, une organisation familiale clanique de 20 individus maximum, qui privilégiait la filiation par la mère (d’où l’expression de sociétés matrilinéaires). Mais, il n’existe pas de données précises sur le statut réel de l’enfant dans cette société, c’est pourquoi, nous commençons cette étude à partir de l’Antiquité. 

1.1.1.1.Dans l’Antiquité

En ce qui concerne l’Antiquité grecque, les informations aujourd’hui disponibles concernent surtout la vie à Athènes et à Spartes, dans les classes favorisées, celle des citoyens. La famille grecque est une structure sociale essentielle, fondée sur le mariage. La citoyenneté est transmise aux garçons qui héritent du bien paternel. Quant aux filles, elles sont mariées à un autre citoyen de la cité. A la naissance, l’enfant est soumis à un droit de vie et de mort exercé par son père ou par la société civile, qui décide de le garder ou bien de s’en débarrasser. A cette époque, l’avortement, en principe interdit, est cependant pratiqué. Jusqu’à 7 ans, l’enfant est élevé dans sa famille. A partir de 7 ans, il est confié à un esclave qui veille sur lui et le conduit auprès du grammairien, maître chargé de lui apprendre la lecture, l’écriture, la mythologie et le calcul. A l’adolescence, la fille est conduite au mariage. Quant au garçon, il est confié au pédiatribe qui lui enseigne la gymnastique et au sophiste qui est chargé de son développement intellectuel. Ces deux maîtres établissent avec lui des relations homosexuelles, parfaitement admises et codifiées à Athènes, ainsi qu’à Spartes. 

 

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Dans l’Antiquité romaine (VIII° av. J.C.- V° apr. J.C.), le père tient, sous son pouvoir (Patria potestas), épouse, enfants, gendres, belles-filles, esclaves et personnes in mancipio, ainsi que tous les biens leur appartenant. La paternité biologique n’entraîne aucune responsabilité particulière. La volonté de se constituer père se manifeste dans un rituel, le tollere liberum, qui atteste de la paternité juridique : la sage-femme dépose le nouveau-né aux pieds du père ; si c’est un garçon, il l’élève à bout de bras et l’appelle à la vie ; si c’est une fille, il ordonne seulement qu’on la nourrisse. Faute d’accomplissement de ce geste, l’enfant est voué à la mort ou abandonné.  Tant que le père vit, les enfants, même devenus adultes, sont soumis à son pouvoir et n’existent que par rapport à lui. Ils ne disposent d’aucune ressource propre et ne peuvent prendre aucune initiative. Cependant, vers la fin de la République (-27 avant J.C.), la Patria potentas commence à diminuer. Le droit de vie et de mort est remplacé par le droit d’appliquer des punitions et le droit du fils de famille à avoir son propre patrimoine est peu-à-peu reconnu.  L’éducation des enfants est fortement imprégnée de la culture grecque, car, dans les classes aisées, la formation se fait par des esclaves grecs fortement instruits. Jusqu’à 7 ans, l’enfant est élevé dans sa famille. De 7 à 12 ans, à part certains enfants de familles riches instruits à la maison par un précepteur (praeceptor), la plupart des enfants, filles et garçons de patriciens ou de plébéiens,  vont à l’école (ludus) où ils sont instruits par le maître (magister) qui leur apprend à lire et à écrire le latin. Les écoles primaires, généralement bon marché, sont situées dans les rues commerçantes. Le pédagogue (paedagogus) est l’esclave chargé d’y accompagner les enfants. Avant la puberté, les petites filles sont souvent données en mariage à un mari qui les éduque. D’autre part, certaines sont choisies, entre 6 et 10 ans, pour devenir Vestales (Voir Le Saviez-vous ? N°1). De 12 à 16 ans, garçons et filles vont dans des écoles secondaires (grammaticus) où ils sont instruits par le maître (magister) qui leur apprend de la grammaire, de l’Histoire, un peu de géométrie et des textes d’auteurs classiques. Les filles sont séparées des garçons et apprennent en plus la poésie et la musique. Chez elles, elles apprennent l’art de la cuisine et de la couture. A 16 ans, seuls les garçons peuvent poursuive leurs études dans des écoles supérieures (rhétor) dans lesquelles ils perfectionnent leur art oratoire et apprennent le droit ou la philosophie. Les plus riches vont dans de prestigieuses écoles. L’apprentissage est fondé sur le par cœur. De plus, des châtiments corporels sont appliqués dans toutes les écoles : usage de la baguette en bois (férule) et des lanières de cuir. En effet, l’éducation applique une logique de dressage des enfants, qui sont considérés comme des êtres dénués de réflexion, de logique ou même d’intelligence propre. A partir du III°, le droit institue deux âges de l’enfant : la petite enfance (infantia) qui va de la naissance jusqu’à 7 ans et l’enfance (puerita) qui va de 7 ans jusqu’à 16 ans. Avec l’apparition du Christianisme, puis sa déclaration comme religion officielle de l’Empire Romain (392, sous Théodose), la Patria potestasdiminue fortement. En effet, pour l’Eglise, l’accès de l’âme des enfants à la vie éternelle importe plus que la qualité d’héritier et de continuateur. Avec l’effondrement de l’Empire romain, celle-ci reprend en main la formation de base donnée dans les écoles et crée une nouvelle école, associant instruction littéraire et éducation religieuse.Que ce soit dans l’Antiquité grecque ou romaine, la situation la plus commune des enfants du peuple est la maltraitance. La situation est pire pour les enfants d’esclaves qui, eux-mêmes esclaves, sont considérés comme des animaux, des objets pour jouer ou même des objets sexuels, surtout, dans l’empire romain, avec Caligula et Néron.   Lire la suite

 

1.1.1.1. Au Moyen âge (V°-XIV°)

Au début du Moyen Age, la structure familiale est la famille élargie (parents, enfants, gendres, belles-filles, serviteurs et esclaves), mais, peu à peu, la famille nucléaire devient la cellule de base de l’organisation sociale. Le père a une autorité plénière (mundium) sur sa famille. L’autorité sur le fils cesse, dès que celui-ci à l’âge de porter les armes (vers 12 ans). Quant à la fille, elle demeure toute sa vie sous l’autorité de son père, puis sous celle de son époux. A la différence de la paternité romaine, le Moyen Age tient compte du lien biologique.  La vie fœtale de l’enfant est prise ne considération par les parents eux-mêmes, par les médecins et par les juristes. Le fœtus a des droits : il est considéré comme héritier à part entière ; il reçoit son statut d’homme libre ou de serf in utero ; il peut être frappé de taxes sur sa personne (par exemple, lors des péages), et ce jusqu’à la fin du XIV°. Le nouveau-né acquiert son statut juridique au moment précis où il crie. Au XIII°, Le taux de mortalité infantile est très élevé (1/3 des enfants meurent avant l’âge de 5 ans), mais est accepté par fatalisme. L’Eglise condamne les pratiques imprudentes confinant à l’infanticide, comme, par exemple, coucher un nouveau-né dans le lit parental. A partir du XIV°, on assiste au début du processus d’’individualisation de l’enfant, avec les femmes qui demandent de plus en plus l’assistance d’accoucheurs savants.

De la naissance à 7 ans, c’est l’infantia, avec un début d’éducation, à partir de 5 ans : apprentissage des bonnes manières et de la foi religieuse. Si la vie de l’enfant est facile dans les familles nobles, elle l’est beaucoup moins chez les familles pauvres, où celui-ci est souvent victime de mauvais traitements, contraint à la mendicité, abandonné, voire vendu comme esclave sur les marchés ou tué. De 7 à 12 ans, c’est la puerita : l’enfant a atteint l’âge de raison ; il commence l’apprentissage du latin et du chant d’Eglise.  L’enfant des nobles est confié à un précepteur qui lui enseigne à lire, à écrire en latin et à compter et participe à de nombreuses activités sportives. A la campagne, les garçons travaillent au champ avec leur père dès 8 ans et les filles restent à la maison pour aider aux travaux ménagers. L’Eglise considère que les enfants sont des paroissiens à part entière. Aussi, ceux-ci, riches ou pauvres, nobles ou paysans, ont-ils l’obligation d’aller à la messe du dimanche et, à partir du milieu du XIII°, d’apprendre les prières majeures. D’autre part, comme à cet âge, ils commencent à comprendre la différence entre le bien et le mal, l’Eglise juge qu’ils sont susceptibles d’être punis A partir de 12 ans, commence une autre vie. C’est l’âge la majorité pour les filles, qui peuvent être mariées, si elles sont pubères. Les garçons nobles quittent le milieu familial pour se rendre à la Cour d’un seigneur où ils apprennent le maniement des armes, pour devenir écuyers, puis chevaliers. L’âge de 12-14 ans est aussi l’âge de la puberté, âge considéré comme impur : garçons et filles sont perpétuellement soupçonnés d’être sur le point de succomber à la tentation du péché de chair. A 14 ans, les enfants atteignent l’âge adulte : ils peuvent s’orienter dans les ordres ; les garçons, qui ont alors atteint l’âge de la majorité, peuvent devenir soldats, entrer à l’Université (réservée aux garçons) ou entrer en apprentissage. Quant aux mariages, ils se font tardivement : du XII° au XIV°, la moyenne est de 27-30 ans pour les garçons et de 17-19 ans pour les filles.

L’éducation que reçoivent les enfants est avant tout morale et religieuse. On apprend à lire dans la Bible. Jusqu’au XI°, les monastères alors isolés en campagne, constituent les principaux lieux d’enseignement. A partir du XII°, se développent les écoles paroissiales urbaines et les monastères se concentrent sur leur fonction de prière et de méditation. Mais, les milieux aristocratiques préfèrent organiser l’enseignement de leurs enfants dans le milieu familial, sous la conduite de précepteurs. A partir du XIII°, se développent les écoles paroissiales en milieu rural, les Universités et quelques écoles de filles qui, jusqu’alors, pour pouvoir suivre un enseignement scolaire, n’ont pas d’autre choix que d’intégrer un couvent et de devenir moniales. Mais, les enfants des familles modestes n’ont pas accès à ces écoles.

La pédagogie du Moyen âge tente de s’adapter aux différents âges de l’enfance. Les théories éducatives s’appuient sur un sentiment de l’enfance qui oscille entre la pitié pour la faiblesse de l’enfant et l’émerveillement devant son innocence. Les principes varient donc considérablement, allant du dressage par les paroles (verbis) et les coups (verberibus) à la douceur. En effet, dans la morale chrétienne, apparaissent, à cette époque, deux conceptions : la notion d’enfant-Jésus et la notion d’enfant-pêché. Selon la première, l’enfant est un intercesseur entre Dieu et les hommes. C’est pourquoi, les pratiques éducatives doivent préserver son innocence. Cette conception se développe parallèlement à la dévotion grandissante envers l’Enfant-Jésus à partir du XIV°. Selon la seconde, l’enfant naît rempli de mauvais instincts, car il est porteur du péché originel. C’est le baptême qui le lave de ce péché et qui l’arrache aux griffes de Satan. Aussi, assiste-t-on, du XIII° au XIV° à une forte pression de l’Eglise sur les familles pour faire baptiser les enfants le plus tôt possible, ce qui conduit à un fort ancrage de l’obsession du salut éternel dans la conscience populaire. Mais, si l’enfant est lavé du péché originel, il reste néanmoins un être imparfait, inquiétant et capable de toutes les malices. C’est pourquoi, il est nécessaire de pratiquer des mesures éducatives coercitives pour venir à bout de son esprit corrompu. L’éducation est alors conçue comme un dressage.

1.1.1.2. Pendant la Renaissance (XV°-XVI°)

Au XV°, apparaît un sentiment nouveau de l’enfance au sein des familles nobles. L’enfant est considéré comme une source d’amusement et de détente pour l’adulte, car celui-ci le trouve naïf, drôle et gentil. Ces sont les femmes, mères ou nourrices, qui, les premières, se laissent séduire par les jeux de l’enfant et reconnaissent leur propre plaisir à y participer. Ce sentiment, appelé le mignotage (Voir Clin d’œil ? N°2), ne gagne le peuple qu’à la fin du XVII°. L’Eglise aussi, avec Jean de Gerson (1363-1429) porte un regard nouveau sur l’enfance. Pour ce théologien, la réforme de l’Eglise doit se faire par les enfants. Il faut s’intéresser à eux, les protéger contre les dangers et les corruptions et prendre soin de leur éducation par des moyens pédagogiques appropriés et variables selon leur âge. Mais, sa conception reste marginale. En effet, si la vie éternelle des enfants est l’objet d’un souci que traduit l’empressement généralisé au baptême, leur survie temporelle semble laisser largement indifférent. La scolarisation est toujours peu développée. On distingue trois types d’école : les petites écoles, les écoles de grammaire où les garçons apprennent le latin pour entrer à l’Université et l’Université (art, droit, médecine et théologie).

Au XVI°, aux yeux de l’Eglise, l’enfant constitue la fin première et principale du mariage et la seule justification du plaisir sexuel. C’est pourquoi, dans tous les milieux, le mariage est volontairement retardé jusqu’à ce que le futur couple soit en mesure de fonder un foyer et d’entretenir une famille. Le mariage est plus une affaire d’intérêts qu’une affaire de sentiment.  A cette époque, l’Eglise condamne l’avortement, quel que soit l’âge de l’embryon, car, il s’agit, dans tous les cas de damner une âme. Cependant l’infanticide est si fréquent qu’un édit d’Henri IV (1556) oblige les femmes à déclarer leur grossesse devant un commissaire de police qui inscrit le fait sur un registre, sous le sceau du secret et sans que soit demandé le nom du père. Parallèlement, on tolère l’abandon, en se bornant à punir l’exposition d’enfant, afin de contraindre le déposant à se rendre dans un centre hospitalier. Le nombre d’enfants abandonnés est si grand que la charge de leur entretien devient très lourde. En 1566, l’Ordonnance des Moulins, signée par Charles IX, stipule que les enfants abandonnés soient nourris par les habitants des villes, bourgs ou villages dont ils sont natifs et habitants.

A cette époque, se constitue un nouveau sentiment de l’enfance qui émane des hommes d’Eglise et de robe. Considérant les enfants comme de fragiles créatures de Dieu qu’il faut tout à la fois préserver et assagir, ceux-ci préconisent de les soumettre à un régime spécial pour en faire des adultes chrétiens. C’est paradoxalement la rivalité religieuse entre catholiques et protestants qui stimule l’éducation. Dans chaque camp, le but de l’école est d’assurer la formation d’un adulte aux opinions religieuses conformes et solides.  Mais, alors que le protestantisme promeut plutôt l’apprentissage de la lecture dans le cercle familial et dans les petites écoles autorisées par l’Edit de Nantes (1598), le catholicisme de la Contre-Réforme mise davantage sur une organisation nouvelle : le collègequi fleurit dans la seconde moitié du XVI° et au début du XVII°. Celui-ci, qui devient la nouvelle mission des ordres religieux (jésuites et oratoriens), s’affirme comme milieu idéal de formation. Il se caractérise par l’exclusion des filles, une forte coupure avec la société et la famille, l’absence d’instruction primaire, la formation d’une élite et le souci de la santé des enfants. L’enseignement y est axé sur le latin, un peu d’histoire et de sciences. La pédagogie y est empreinte d’humanisme et les châtiments corporels reculent au profit du système blâme-louange. Le collège est très vite doté d’un internat et prolongé par un lycée. Son succès répond à une demande importante venant de la bourgeoisie. D’autre part, pendant la Renaissance, s’instaure un débat autour de l’éducation des filles. Alors que la plupart se méfient de celles qui veulent aller à l’école, certains estiment que leur éducation est trop négligée et néfaste à la société. Ces défenseurs de l’instruction des filles, comme Erasme (1466-1536), Luther (1493-1546) et Vivés (1543-1540) affirment qu’elles sont les piliers de la société.

1.1.1.3. Au XVII°

Au XVII°, et pendant tout l’Ancien Régime, l’autorité du père est toujours aussi forte, surtout avec le droit de correction paternelle. Dans les familles nobles, celui-ci peut faire mettre ses fils à la Bastille ou ses filles au couvent et les en retirer selon sa volonté, grâce à la procédure de la lettre de cachet. Dans les familles bourgeoises, il peut faire enfermer ses enfants, par les soins et avec l’autorisation du lieutenant de police. Si ceux-ci s’amendent, ils peuvent obtenir une concession de terre à Marie Galante, puis revenir en France. Dans les familles pauvres, le père peut enfermer ses fils à Bicêtre et ses filles à la Salpêtrière, mais il ne peut pas revenir sur sa décision. Par ailleurs, les enfants se marient de plus en plus tard. L’Etat lui-même interdit le mariage aux garçons de moins de 30 ans et aux filles de moins de 25 ans, sans l’autorisation de leur père ou de leur tuteur. D’autre part, l’Eglise joue alors un rôle important dans le recueil des enfants abandonnés : les hôpitaux et l’Hôtel-Dieu leur ouvrent leurs portes ; des ordres hospitaliers sont créés, comme celui des Filles de la Charité (1633) ; La Maison de la Couche est créée en 1638 ; un système de guichet rotatif, le tour, est mis en place pour recueillir, de façon anonyme, les nouveau-nés. Mais, le taux de de mortalité, chez ces enfants, est très élevé (90%), à cause de problèmes d’hygiène, de nourriture, de sevrage, de maladies infantiles, etc. Ceux, qui en réchappent, restent dans les familles d’accueil ou bien retournent à l’hôpital où ils sont gardés jusqu’à ce qu’ils aient l’âge d’être mis en apprentissage. A 25 ans, ils cessent d’être sous la tutelle de l’hôpital et la misère en fait souvent des vagabonds.

A cette époque, de nombreuses petites écoles, souvent gratuites, sont créées : des écoles paroissiales, fondées par un curé ou un évêque ; des écoles protestantes ; des écoles publiques où enseignent des maîtres non religieux, payés par la commune. Les enfants nobles ne les fréquentent pas et reçoivent l’enseignement chez eux. Jusqu’à la fin du siècle, l’état, pourtant favorable à la création des petites écoles, ne mène aucune politique éducative, mais, en 1698, Louis XIV oblige chaque village à se doter d’une école catholique. La petite école se charge de l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, de l’arithmétique, du catéchisme, de la civilité et des bonnes manières. Une réflexion est alors menée sur la gratuité de l’instruction pour les pauvres. Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719), ecclésiastique et pédagogue, consacre sa vie à l’éducation des enfants pauvres. En 1684, il fonde l’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes, voué à l’instruction des milieux populaires et fonde, en 1685, un séminaire qui constitue une véritable école normale d’instituteurs. Du côté du collège, l’emprise des Jésuites sur l’éducation est toujours très importante.

Les pédagogues se sont beaucoup intéressés à l’enfant. Les jésuites et Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719) proposent des méthodes pédagogiques prenant en compte la spécificité de l’enfant à ses différents stades : classes distinctes selon l’âge ; programmes, maître et local propres à chacune ; punitions sous forme de pensum gradué à la place de châtiments corporels, etc. Jean-Baptiste innove encore plus en faisant faire l’apprentissage de la lecture en français et en faisant pratiquer la méthode simultanée (apprendre à plusieurs niveaux différents à la fois). Deux pédagogues européens ont alors une influence sur les pédagogues français : John Locke (1632-1704) (Pensées sur l’éducation, traduit en 1695) et Comenius (1592-1670), considéré comme le père de la pédagogie moderne. De leur côté, les évêques réformateurs proposent l’enseignement du « petit catéchisme » à partir de 7 ans et les niveaux les plus élevés deux ans avant la première communion (vers 12 ans). D’autre part, le débat sur l’instruction des filles, initié à la Renaissance, se poursuit. Fénelon (1651-1715) et Poullain de la Barre (1645-1728) défendent l’éducation des filles, car elles ont un rôle important de mère et d’épouse à assurer. Mais, une instruction propre à chaque sexe est proposée. On enseigne aux filles surtout la lecture, la couture et la morale. Fénelon est l’un des premiers à établir un programme scolaire pour filles à la fin du XVII°. Des congrégations féminines, comme Les Filles de la Charité de Saint-Vincent de Paul (créée en 1633) proposent, gratuitement ou à faible coût, un enseignement aux petites filles : lecture, écriture, catéchisme, couture, filage, etc. Cependant, l’éducation des filles affiche un retard certain par rapport à celle des garçons.

1.1.1.4. Au XVIII°

Au XVIII°, La famille achève de se réorganiser autour de l’enfant et dresse entre elle et la société, la barrière de la vie privée. Sur le plan juridique, l’autorité paternelle demeure fondamentale : le fils reste mineur jusqu’à 30 ans, ne peut se marier ni entrer en religion sans le consentement de son père. D’autre part, le fils aîné est favorisé, car c’est à lui que revient la tâche de maintenir la prospérité et le lustre familial, d’où une stratification interne à la famille qui entretient l’esprit de caste et l’intolérance. Dans la deuxième moitié du siècle, sont édités de nombreux ouvrages pratiques sur l’accouchement et sur les soins donnés aux enfants du premier âge. Ceux-ci prônent la formation nécessaire des sages-femmes, l’emmaillotement lâche du nouveau-né, l’allaitement maternel, etc. On assiste alors à une baisse de la mortalité infantile et à la diffusion de pratiques contraceptives. Un regard neuf est porté sur l’enfant : il est non seulement un bien précieux à conserver, mais il est un individu à part entière avec ses droits et ses besoins propres. S’ouvre alors l’ère de l’enfant désiré et choyé, dont le décès prématuré est ressenti comme un drame.

 

La bonne éducation est alors un sujet à la mode. Pour les pédagogues, les éducateurs et les parents doivent commencer l’éducation des enfants dès le berceau et être omniprésents dans leur vie, afin de les préparer à bâtir et conserver un monde que l’on croit idéal.  L’Emilede Jean-Jacques Rousseau (1762) répond à l’attente d’un large public, surtout bourgeois et aristocratique. Selon ce philosophe, l’enfant est naturellement bon depuis sa naissance. Il faut donc bannir les pédagogies coercitives fondées sur la punition. Il faut laisser s’épanouir la nature de l’enfant qui l’entraîne vers ses goûts et ses dons. Il est important de l’aider à grandir selon sa personnalité. Mais, cette idée de l’enfant est surtout partagée par les classes aisées. Dans les classes populaires, les parents n’ont pas le temps de s’occuper de leurs enfants. De plus, ceux-ci vont très peu à l’école, car ils sont le plus souvent réquisitionnés pour les tâches domestiques, placés chez un patron pour apprendre un métier ou bien envoyés travailler dans l’industrie (filatures, etc.). D’ailleurs, à propos de l’éducation des pauvres, un débat s’instaure chez les philosophes des Lumières : Voltaire et Rousseau pensent qu’enseigner le savoir aux pauvres est une mauvaise idée : celui-ci doit être réservé à l'élite. Pour Mirabeau, l'instruction du peuple est le premier devoir du souverain : il faut donc combattre l'ignorance. Selon Diderot, l’instruction est le devoir de chaque individu.

 

A cette époque, les petites écoles se multiplient et l’apprentissage de la lecture en français progresse. Cependant, ce qui importe surtout, c’est la finalité religieuse de l’éducation des enfants, l’Eglise étant toujours étroitement liée à l’Etat et exerçant un fort contrôle sur l’enseignement. Si l’école est assez bien fréquentée en ville, que ce soit à la ville ou à la campagne, les parents abrègent souvent la scolarité de leurs enfants, préférant les voir travailler avec eux et pour eux, ce que dénoncent les prédicateurs catholiques et protestants. Dans la seconde moitié du siècle, se développe l’idée qu’il il faut séparer l'école de l'église, idée surtout défendue par Le Chalotais (1701-1785), opposant farouche des Jésuites. D’autre part, Condorcet (1743-1794) défend un système scolaire organisé avec une école primaire pour tous, la liberté d'enseigner et la laïcité.  En 1763, Louis XV chasse les Jésuites du Royaume et décide d'instaurer une administration publique. Les filles sont de plus en plus acceptées à l’école. La mixité est toujours interdite, mais elle est tolérée, à la campagne, où il n’y a ni assez d’écoles, ni assez de maîtres. Si l’éducation des filles affiche toujours un retard par rapport à celle des garçons, celui tend à s’amenuiser, dès le milieu du siècle, grâce au rôle éducatif des congrégations religieuses qui connaissent leur plein essor à l’époque des Lumières et dont certaines (comme celle des Ursulines) deviennent peu à peu des collèges au féminin.

 

Pendant la Révolution, les droits de l’enfant ne sont mentionnés dans aucune des trois constitutions révolutionnaires. Au quotidien, les enfants participent aux manifestations, aux émeutes et aux fêtes. En 1792, se multiplient des clubs juvéniles, des petits bataillons et des gardes nationales enfantines, jusqu’à la consécration du héros-enfant, comme Joseph Bara et Joseph Viala, morts en 1793. Côté école, on s’intéresse à la formation des professeurs, avec la création de l’Ecole Normale, rue d’Ulm à Paris (1794). Quant à l’éducation des filles, elle reste un sujet secondaire par rapport à celle des garçons. Au début, les écoles abritées par les congrégations sont décriées et interdites. Mais, elles reprennent très vite leurs activités, leur personnel étant considéré comme utile. Par contre, la Révolution joue un rôle important dans le cas des enfants abandonnés. A cause de la confiscation des biens du clergé et de l’interdiction des ordres religieux qui fournissaient l’essentiel du personnel hospitalier, les établissements d’accueil sont ruinés et désorganisés. Aussi, l’ère de la charité est-elle close et l’assistance aux enfants abandonnés devient-elle un devoir national. En juin 1793, la Convention institue une aide aux mères pour qu’elles n’abandonnent pas leur nouveau-né. Dans chaque district, est créée une maison maternelle où les mères peuvent accoucher en secret et recevoir quelques subsides. En 1796, il est décidé que les enfants abandonnés soient reçus dans des hospices civils et que l’Etat prenne en charge leur entretien jusqu’à l’adolescence. Mais, si le placement à la campagne demeure la règle, apparaît, en 1797, le placement industriel (manufactures, etc.).

1.1.2.     L’enfant au XIX°

Tout au long du XIX°, un statut de plus en plus précis est accordé progressivement à l’enfant. La reconnaissance de la valeur de l'enfance s’effectue d’abord à travers la lutte contre la mortalité infantile, en constante progression, jusqu'à la fin du dix-neuvième siècle. Une abondante littérature, consacrée à la survie des enfants, prône l’amélioration des conditions de l'accouchement, la surveillance des nourrices, la pratique de l’hygiène, la création d’alternatives à l'abandon d'un enfant illégitime et la lutte contre l’infanticide. Naissent à cette époque des branches de la médecine supposées mieux protéger l’enfant : la puériculture (1865) et la pédiatrie (1872). De plus, avec le développement de la psychologie et de la psychanalyse, la connaissance de l’enfant se développe et s’approfondit. D’autre part, le sort des enfants abandonnés est pris en considération. Un décret du 19 janvier 1811 créé le service de l’Assistance publique, pour la prise en charge des enfants abandonnés, des enfants trouvés et des orphelins pauvres jusqu’à l’âge de 15 ans. Chaque arrondissement doit posséder un hôpital d’enfants abandonnés. Mais, une fraude apparaît : des parents abandonnent leurs enfants et viennent se présenter aussitôt en tant que parents nourriciers, augmentant ainsi les effectifs des enfants abandonnés. Des mesures énergiques sont alors prises : abandon du tour qui est remplacé par un bureau d’admission et transfert des bébés, après leur recueil, loin du lieu de dépôt. Par ailleurs, au cours du siècle, on rencontre beaucoup d’enfants maltraités, surtout dans les milieux populaires. Il faut attendre la fin du siècle pour voir promulguée la loi Théophile Roussel (1889) pour la protection des enfants maltraités et moralement abandonnés par leurs géniteurs. Ceux-ci peuvent être déchus de leurs droits et condamnés et leurs enfants retirés et placés chez un parent, une personne ou une institution charitable ou encore à l’Assistance publique. Enfin, à la fin du siècle, le viol des enfants est reconnu comme spécifique.

 

Dans la première moitié du XIX°, les classes aisées (aristocratie et bourgeoisie) prennent peu à peu conscience de l'existence de l'enfance en tant que période privilégiée de la vie. C’est l’époque de l’enfant-roi. Celui-ci devient alors l’objet d’un véritable investissement, à la fois sentimental et matériel. Toute la famille s’organise autour de lui et commence à lui réserver un espace individuel dans la maison. Il devient porteur de l’imaginaire parental, doit satisfaire les ambitions de la famille et réussir son ascension sociale. Le modèle de l’enfant unique commence à se propager dans les milieux privilégiés et les classes moyennes, et plus rarement dans les classes populaires, où l’enfant représente une force de travail très utile (manufactures, mines de charbon, filatures, etc.). Les philanthropes, comme Bérenger de la Drôme et Isidore Alauzet, dénoncent avec violence cette exploitation des enfants. De leur côté les hygiénistes dressent un réquisitoire contre les mœurs sanitaires de l’époque.  L’Etat joue alors un rôle d’arbitre entre les philanthropes et les hygiénistes d’une part, le capitalisme d’autre part, afin de ne pas nuire à l’industrialisation du pays. Les lois de 1641 et de 1874 règlementent peu à peu le travail des enfants : interdiction d’employer des enfants en dessous de 10-12 ans ; obligation de les laisser fréquenter l’école en parallèle ; corps d’inspecteurs nommés par le gouvernement. De leur côté, les industriels prennent progressivement conscience qu’il n’est pas dans leur propre intérêt de faire mourir les enfants à la tâche. Face à la pression des groupes sociaux progressistes, ils mettent en place une protection du travail des enfants.

 

L’intérêt porté à l’enfant s’accompagne aussi du souci de son éducation. L’enfant se révèle être le capital le plus précieux de la société, dont l’enjeu est la survie de la nation. Tout au long du siècle, la scolarisation des enfants s’est progressivement généralisée, pour atteindre son summum en 1880. Bien que l’on proclame partout la nécessité d’inculquer aux enfants des valeurs morales, il s’agit avant tout de répondre à la nouvelle demande des classes moyennes, dont le souci n’est plus d’assurer le salut éternel de leurs enfants comme le voulait l’Eglise, mais de leur permettre de mieux s’intégrer dans la société et, pour les plus doués de sortir de leur condition sociale. Le modèle masculin d’éducation continue de s’étendre à toute l’éducation. Dans la première moitié du siècle, l’Etat ne prévoyant rien pour l’éducation des filles, celle-ci est abandonnée aux congrégations religieuses, qui deviennent de plus en plus nombreuses (400 congrégations vont être ainsi créées tout au long du siècle). Alors que la loi Guizot (1833) ne s’est occupée que des garçons, la loi Falloux (1850) impose l’ouverture d’écoles pour les filles dans les communes de plus de 800 habitants. Victor Duruy (1867) pousse les villes à créer des cours secondaires pour les filles et leur ouvre l’accès à l’enseignement supérieur dans les facultés de droit, de lettres et de sciences. Mais, cet enseignement public des filles est très majoritairement assuré par des religieuses appartenant à diverses congrégations, faute d’institutrices formées par l’Etat. D’autre part, la question de l’éducation est le plus souvent un enjeu entre les diverses forces politiques. En 1875, les conservateurs catholiques et les monarchistes majoritaires font voter une loi, en faveur de la liberté de l’enseignement supérieur contre le monopole de l’Université, ce qui conduit à la création des universités catholiques (Paris, Lille, Angers, etc.). En retour, en 1880, les républicains, désormais majoritaires, font exclure de l’enseignement public les membres des congrégations non autorisées. En 1880, Jules Ferry crée, avec Ferdinand Buisson et le pasteur libéral Félix Pécaut, les Écoles normales supérieures de l'enseignement primaire de Fontenay-aux-Roses pour les jeunes filles (1880), puis de Saint-Cloud pour les garçons (1882). En 1882 (Loi Jules Ferry), ils imposent la laïcité de l’enseignement à toute l’école primaire publique, qui devient alors gratuite et obligatoire pour les garçons comme pour les filles, de 6 à 13 ans révolus. Mais, la mixité reste toujours très rare. A la fin du siècle, les filles ont pratiquement rattrapé les garçons, à l’école primaire, mais pas dans le secondaire.

 

1.2.      La représentation de l’enfant et de l’enfant-héros dans la littérature

Pour bien comprendre l’omniprésence de l’enfant et de l’enfant-héros dans la littérature du XIX°, il est nécessaire d’étudier sa présence dans la littérature des siècles précédents. Nous entendons par héros, non seulement un personnage hors du commun qui incarne des valeurs morales (comme le héros mythologique ou celui de l’épopée), mais surtout un personnage sur lequel le récit se focalise, un personnage plus humain, avec ses imperfections, ses erreurs et ses faiblesses morales, qui, dans l’espace du récit, est amené à se surpasser et à accomplir des exploits, voire un anti-héros.

1.2.1. L’enfant dans la littérature avant le XIX°

1.2.1.1. La littérature médiévale

L’enfant n’est pas fréquent dans les œuvres médiévales. L’univers des écrivains et des poètes est plutôt un univers d’adultes. Si l’enfant est bien représenté dans les textes narratifs brefs (fabliaux, nouvelles, récits d’inspiration pieuses, contes à rires, légendes mariales, etc.), il y a très rarement le statut de personnage. Il y apparaît à des âges divers, au détour d’un épisode, pour relancer le récit, pour dénouer la situation ou bien pour provoquer le rire. Dans l’épopée, et, plus particulièrement, dans la chanson de geste, il est rarement un personnage épique. Quand il l’est, il s’agit d’un jeune preux de moins de 13 ans que rien ne le distingue de ses aînés, sinon la mention de son jeune âge. Comme il est déjà parfait, ses exploits sont acceptés comme tels, sans être remis en question par un quelconque souci de vraisemblance. Pratiquement aucune référence n’est faite à son statut d’enfant, comme dans Enfances de Guillaume qui raconte les débuts du jeune Guillaume d’Orange. Dans le roman courtois, le héros est partagé entre l’aventure et l’amour. Tous ses exploits chevaleresques ont pour but de plaire à sa Dame de cœur et de faire valoir ses qualités individuelles. Ce sont donc des jeunes gens à l’âge de l’amour qui sont mis en scène. C’est pourquoi, l’enfant y apparaît très rarement. En général, lorsque l’auteur veut faire naître et grandir son héros, il ne parle pas des premières années de sa vie et s’attache uniquement à montrer les étapes de son apprentissage chevaleresque. Les héros des romans médiévaux sont des enfants grandis avant l’âge et, même souvent, savants dès 3 ans, comme le petit Lancelot.

1.2.1.2. Les écrits moraux et didactiques de la Renaissance au XVIII°

Les premiers livres, qui s’intéressent réellement, à l’enfant sont les livres traitant de leur éducation. Par exemple, au XVI°, Montaigne consacre un chapitre de ses Essais à l’enseignement de l’enfant.  Au XVII°, paraissent plusieurs écrits consacrés à l’enfant, comme le traité de l’éducation des filles (Fénelon) ou les Lettres et Entretiens sur l’éducation (Mme de Maintenon et la princesse des Ursins). Quant aux éducateurs, de la Renaissance au XVIII°, ils fabriquent des textes, pour faire passer, aux enfants, un contenu religieux ou moral ou bien pour leur apprendre à se comporter en société. Ce sont surtout des exempla, des traités de civilité, des dialogues, des historiettes morales, des abrégés d’histoire ou de mythologie, des fables, des contes, etc. En fait, il s’agit d’une littérature pour adultes, adaptée pour servir de support d’enseignement et d’éducation, comme les Contes de Perrault (1697) et les Fables de Lafontaine (1694) à la mode dans les Salons de l’époque. Mais, il ne s’agit pas d’amuser l’enfant. C’est pourquoi, les contes de fées, genre préféré des enfants sont bannis ou transformés en contes moraux. Vers la fin du siècle, sous l’impulsion des pédagogues (Voir 1.1.1.4.), apparaissent peu à peu des méthodes pédagogiques prenant en compte la spécificité de l’enfant à ses différents stades. On cherche même à l’instruire en l’amusant. Par exemple, Fénelon écrit, pour le fils du grand dauphin de France dont il est le précepteur, plusieurs œuvres instructives et amusantes : une suite de fables (Les Aventures d’Aristonoüs et les Dialogues des morts modernes), mais surtout un roman d’aventures : Les Aventures de Télémaque, fils d’Ulysse (1699), véritable voyage pédagogique.  Au XVIII°, dans les familles aisées, les gouvernantes apportent aussi un changement de ton, dans ce type de littérature, en voulant instruire l’enfant en l’amusant, d’où le nom de littérature de gouvernante, parfois utilisé. 

 

Parallèlement se développe, à la même époque, une presse périodique pour la jeunesse, visant à transmettre un enseignement civique et morale, afin de compléter l’éducation donnée par les parents. Elle est destinée à une jeunesse vouée à devenir l’élite de la nation. Mme Leprince Beaumont publie un périodique Le magasin des Enfants (1756). Arnaud Berquin édite deux périodiques : L’Ami des enfants (1782-1783) et L’Ami de l’adolescence (1784-1785). Louis-François Jauffret signe un contrat avec l’imprimeur Leclère pour éditer Le Courrier des enfants (1796-1799) et Le Courrier des adolescents (1800-1801).

1.2.1.3. La littérature du XVIII°

L’enfance est un thème introduit assez tard dans la littérature française. Il faut attendre la fin du XVIII° avec Jean-Jacques Rousseau pour que l’enfant personnage romanesque apparaisse. Cet écrivain-philosophe traite de deux façons le thème de l’enfance : en racontant son histoire dans Les Confessions (1765-1770) et en décrivant l’éducation d’un enfant dans L’Emile (1762).

 

Par contre, une littérature pour enfant (Voir Clin d’œil N° 3) apparaît, vers le milieu du XVIII°, dans les milieux cultivés de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie, où les enfants sont élevés dans des institutions ou confiés à des précepteurs et des gouvernantes. Des auteurs se spécialisent alors dans ce type d’écrits. Mme Leprince de Beaumont (1711-1780), écrivain et pédagogue, écrit de nombreux contes, comme La Belle et la Bête (1740). Arnaud Berquin (1749-1791), écrivain et pédagogue, écrit Introduction familière à la connaissance de la nature (1784) ou encore Lydie de Gersin, ou Histoire d’une jeune anglaise de huit ans, pour servir à l’instruction et à l’amusement des jeunes Françaises du même âge. Louis-François Jauffret (1747-1791), fabuliste et pédagogue, écrit Les merveilles du corps humain ou éléments d’anatomie à la portée de l’enfance (1799) ou bien Le Voyage de Rolando et de ses compagnons de fortune autour du monde (1799). Cette littérature destinée à un public d’enfants est constituée d’œuvres de fiction et de livres documentaires.

D’autre part, le Robinson Crusoé (1719) de Daniel Defoe, qui n’est pas écrit pour les enfants et qui ne met pas en scène un enfant, connaît deux adaptations destinées aux enfants : l’une anglaise en 1768, l’autre allemande en 1779.  Il devient alors un livre pour enfants et connaît un grand succès, au début du XIX°, en France, avec les adaptations de plusieurs éditeurs. D’autre part, il donne naissance à de nombreuses « robinsonnades » tout au long du XIX° (Voir notre dossier Nos rêves d’enfants). Grâce à leurs éditions abrégées pour enfants, mises au catalogue de l’éditeur Pierre Blanchard au début du XIX°, Les Aventures de Télémaque, fils d’Ulysse de Fénelon et le Robinson Crusoé de Defoe deviennent deux grands modèles littéraires sur lesquels va se construire le roman pour la jeunesse.

1.2.2. L’enfant dans la littérature du XIX°

Au XIX°, la littérature ouvre ses pages à l’enfant, témoignant ainsi de la nouvelle vision à l’égard de l’enfance, apparue dans la société (Voir 1.1.2.). Celui-ci devient personnage à part entière dans les textes littéraires (roman ou poésie) et personnage-héros dans une littérature pour la jeunesse en plein développement. Il n’est plus objet de discours, mais sujet du discours.

1.2.2.1. L’enfant, personnage dans les textes littéraires

La glorification de l’enfance fait partie des thèmes privilégiés des Romantiques qui exaltent les valeurs de la primitivité et de la simplicité naturelle de l’enfant (Musset, Lamartine, Chateaubriand, Victor Hugo). En opposition aux modèles éducationnels en vogue à l’époque des Lumières, naît alors le mythe de l’enfant-artiste qui, d’un côté est artiste-né et, de l’autre, représente l’origine absolue où chaque artiste doit puiser les sources de sa création. Le paradigme du regard étonné de l’enfant, découvrant toujours du neuf, est posé comme constitutif de l’acte poétique. L’enfant représente le prototype de l’artiste naïf, impressionniste, capable de retrouver spontanément la poésie pure des temps primitifs. De plus, le Romantisme réhabilite le conte et la chanson populaire dans la culture des enfants. Leur immoralité n’est plus reprochée. Bien au contraire, leur modèle vertueux où les méchants sont punis et les bons récompensés est mis en exergue. Au besoin, ils sont adaptés, comme ceux de Perrault qui voient même leurs moralités supprimées. Mais, bientôt, les poètes romantiques comme Victor Hugo (Voir Melancholia) et Rimbaud (Voir Les Etrennes des orphelins) dénoncent les mauvais traitements que subissent les enfants.

Longtemps cantonné dans les œuvres romantiques à une image de pureté et d’innocence le personnage de l’enfant change littéralement de statut dans le roman réaliste et naturaliste. Lorsque les écrivains du XIX° écrivent des romans, non pas pour enfants, mais ayant comme personnage principal un enfant, ils s’intéressent plus particulièrement aux enfants pauvres ou opprimés. En effet, ils font surtout le portrait d’un personnage enfant victime, abandonné, soumis à l’autorité des adultes qui l’entourent, souvent durs et mesquins : Victor Hugo avec Cosette et Gavroche dans Les Misérables(1862) ; Alphonse Daudet avec Le Petit chose (1868), Jack (1876) et Fromont Jeune et Risler Aîné(1879) ; Jules Vallès avec L’Enfant (1881) ; Jules Renard avec Poil de Carotte (1894), etc.  

Enfin, inspirés par de récents travaux sur les théories de l’hérédité, par des traités sur l’influence du milieu et des études de psychologie infantile, les romanciers de la fin du XIXème siècle proposent un portrait de l’enfant bien loin de la candeur stéréotypée mise en exergue jusqu’alors. Par exemple, chez Zola, l’enfant devient l’objet d’une étude approfondie des problèmes d’hérédité (tares, névrose, dégénérescences, pathologies congénitales, etc.), du problème du réveil des mauvais instincts, de la sensualité et de la sexualité (Jeanlin et Lydie dans Germinal ou Marjolin et Cadine dans Le Ventre de Paris).

1.2.2.2. L’enfant-héros dans la littérature pour la jeunesse

Les débuts de la littérature pour la jeunesse

 

Pour les Romantiques, il faut soumettre à l’enfant des récits sortant de l’ordinaire et de leur quotidien. Ceux-ci se tournent alors vers le conte fantastique pour enfants, comme L’Histoire d’un casse-noisette (1845) d’Alexandre Dumas, inspiré des Contes d’Hoffmann. Mais, les contes fantastiques pour enfants, comme les contes de fées, n’ont pas autant de succès en France que dans les pays voisins. En effet, la littérature pour la jeunesse française reste dominée par l’esprit des Lumières, qui rejette la tradition orale des contes, dans laquelle il ne voit que superstition, obscurantisme, voire amoralité. On assiste alors à une séparation entre la littérature pour les enfants des milieux lettrés (littérature écrite) et la littérature pour les enfants du peuple (littérature orale). Cependant, l’avènement du roman, permet la reconquête du langage, en autorisant le déploiement d’un style oral et familier. En Angleterre, le cheminement est presque identique, sauf qu’il y a maintien de l’univers absurde et féroce (tradition du nonsense) des comptines (comme The Nursery Rhymes of England), complètement étranger au cartésianisme français, et que l’on retrouve chez Lewis Carroll, dans Alice au pays des merveilles (1865 ; traduit en 1869).  Par contre, l’idée de l’extraordinaire va trouver un terrain plus fertile dans le roman d’aventures, dans lequel cependant le thème éducatif n’est jamais absent.

 

De son côté, la presse pour enfants continue à se développer. Son but est toujours d’instruire, mais s’y ajoute l’idée de distraire les enfants. Les journaux font appel à de grands écrivains auxquels il est demandé d’adapter des histoires ou d’écrire des articles concernant des sujets divers accessibles aux enfants et qui les ouvrent sur le monde extérieur. En 1832, Saint-Charles Lautour-Mézeray crée le premier grand hebdomadaire pour la jeunesse : Le Journal des enfants(1832-1897). Puis, de nombreux autres journaux sont créés : Le Journal des jeunes personnes (1833-1868), Le Journal des demoiselles (1833-1922), Saint Nicolas (1880-1915), Mon Journal(1881-1925), Le petit français illustré, journal des écoliers et des écolières (1889-1905). Cette dernière revue est dominée par la personnalité de Georges Colomb (1856-1945), dit Christophe, pédagogue, biologiste et l’un des précurseurs de la bande dessinée. Celui-ci y publie en feuilletons sous forme de bandes dessinées : La Famille Fenouillard (1889-1893), Les Facéties du sapeur Camember(18901896) ou bien encore L’Idée fixe du savant Cosinus (1890-1896). Elle propose aussi des romans feuilletons tel la Princesse Sara, aventures d’une petite écolière anglaise, de Frances Hodgson Burnett (1849-1924), édité en roman en 1905.

 

Le roman pour la jeunesse

On considère que le premier vrai roman pour la jeunesse est Le Robinson de douze ans (1818) de Mme Mallès de Beaulieu, où le personnage de Robinson glisse de l’âge adulte à l’enfance, et que le premier héros est Jean-Paul Choppart dans Les Aventures de Jean-Paul Choppart (1834) de Louis Desnoyers. Ce journaliste publie d’abord ce roman dans le Journal des enfants sous forme de feuilleton, de même qu’un autre roman : Aventures deRobert-Robert et de son ami Toussaint Lavenette (1839). Ces deux ouvrages connaissent un grand succès et sont régulièrement édités tout au long du siècle. Cette littérature se caractérise alors par ce qu’un jeune lecteur de l’époque peut attendre : un héros de son âge vivant des aventures exotiques, loin de l’école et du milieu familial. C’est pourquoi, dans le roman pour la jeunesse, le héros est le plus souvent un orphelin, à l’image d’Oliver de Charles Dickens (Oliver Twist, 1838, traduit en français en 1841). Cette littérature ouvre aussi ses portes aux héroïnes, comme avec Emma ou le Robinson des demoiselles (1834) de Mme Woillez, Le Journal de Marguerite (1858) de Victorine Monniot, ou encore Les Malheurs de Sophie (1858), Les Petites filles Modèles (1858) et Les Vacances (1859) de la Comtesse de Ségur.

C’est surtout, vers le milieu de XIX°, que la littérature pour la jeunesse prend véritable son essor, avec le jeune éditeur, Pierre-Jules Hetzel (1814-1886), qui se donne pour objectif de faire retrouver à l’enfant la fantaisie et l’irréalité du conte. L’enfant ne doit plus être uniquement un sujet d’éducation ou d’instruction : il faut lui permettre de rêver et de rire. C’est pourquoi, le dialogue pédagogique s’efface peu à peu dans le roman pour enfants. La politique d'édition de Hetzel est remarquable, parce que, dès le début, il embauche ses auteurs parmi des écrivains pour adultes de renom. Cette initiative a suscité, à son tour, toute une génération d'auteurs professionnels pour enfants. Leurs ouvrages traitent d’aventures et véhiculent des valeurs culturelles, scientifiques ou morales. En effet, le roman d’aventures français pour enfants tient à la fois du roman picaresque, comme Lazarillo de Tormes (Vers 1530), des Aventures de Télémaque de Fénélon et de Robinson Crusoé. Après 1860, de nombreux romans pour enfants ou adolescents sont édités en France, que ce soient des romans français ou des traductions de romans étrangers, plus particulièrement anglais et américains. Citons : Un Bon petit diable (Ségur, 1865), Le Voyage au centre de la terre (Verne, 1864), Alice au Pays des Merveilles (Carroll, 1865 ; traduit en français en 1869),  L’Ile au trésor  (Stevenson, 1881-1882 ; traduit en français en 1885), L’Ile mystérieuse (Verne, 1874-1875), Les Aventures de Tom Sawyer (Twain,1876 ; traduit en français en 1884),  Sans famille (Malot, 1878)  Heidi (Johanna Spyri, 1880, traduit en français en 1882), Heidi grandit (Johanna Spyri, 1880 ; traduit en français en 1882), Les Aventures de Huckleberry Finn (Twain, 1884 ; traduit en français en 1886), En famille (Malot, 1893).  D’autre part, la littérature de jeunesse commence à se diviser en romans pour filles et roman pour garçons. L’apport de la jeune littérature américaine est décisif dans le domaine du roman destiné aux filles, avec la traduction française du roman de Louisa May Alcott, Little Women (1868-1869) par l’éditeur suisse Henri Mignot (Petites femmes et jeunes femmes, 1872) et adapté par Hetzel sous le titre les Quatre filles du docteur March et Le docteur marie ses filles. La littérature s’intéresse alors à la jeune fille, comme dans Rose et Minette (Alphonse Daudet, 1890), d’autant plus que naît, à cette époque, le mouvement féministe.  A partir de 1870, une tendance nationaliste et même colonialiste apparaît dans les livres pour enfants, comme, par exemple, dans Le Tour du monde d’un gamin de Paris (Louis Boussenard, 1879-1880), où le jeune héros Friquet incarne le chauvinisme français.

 

 

Le corpus du mois :
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  • Les Aventures d'Alice au pays des merveilles, Caroll
  • Les Malheurs de Sophie, Comtesse de Ségur 
  • La Petite Chose, Daudet
  • Oliver Twist, Dickens
  • Les Misérables (t.1) : Fantine, Hugo
  • Les Misérables (t.2) : Cosette, Hugo
  • Les Misérables (t.3) : Marius, Hugo
  • Les Misérables (t.4) : Rue Plumet, Hugo
  • Les Misérables (t.5) : Jean Valjean, Hugo
  • L'Homme qui rit, Hugo
  • Jacquou le Croquant, Le Roy
  • Sans famille, Malot
  • Poil de Carotte, Renard
  • François le Champi, Sand 
  • L'ile au trésor, Stevenson
  • L'Enfant, Valles

 

Téléchargez tous les extraits (pdf)

Le saviez-vous :
  • Savez-vous qui étaient les Vestales ?
  • Savez-vous qui étaient les Comprachicos ?
  • Savez-vous ce qu’est le roman d’éducation ou d’apprentissage ?
  • Savez-vous ce qu’est le roman d’aventures ?
  • Savez-vous ce qu’on appelle le roman social ?

Téléchargez les saviez-vous (pdf)

Clin d'oeil :
  • L’origine du mot « enfant » 
  • L’origine du mot « mignotage » 
  • Littérature de jeunesse et autres expressions 
  • Le titi parisien 
  • L’autofiction

Téléchargez les clins d'oeil (pdf)

Quiz sur l'Enfant héros original dans le roman du XIXe siècle :

Téléchargez le quiz (pdf)


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